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Des parts de guilde, des dividendes et des reprises hostiles

La prochaine mise à jour transforme les guildes de Valenya en compagnies marchandes, avec des parts qui s'achètent, des dividendes hebdomadaires et un vrai risque de prise de contrôle. Pourquoi on a construit une bourse dans un MMORPG médiéval, et comment elle marche.

·6 min de lecture ·L'équipe de Valenya

Commençons par un aveu chiffré. En cinq mois d'exploitation, l'Hôtel des ventes de Valenya a enregistré 19 ventes, pour un total de 17 415 pièces de cuivre. Dix-neuf. Pendant ce temps, le joueur le plus riche du serveur accumulait 80 % de toute la monnaie en circulation, sans avoir jamais rien mis en vente. Le diagnostic est simple : passé le bon équipement, il n'existait plus rien dans le jeu qui vaille le prix d'une fortune.

La prochaine mise à jour s'attaque à ce plafond. C'est le plus gros chantier économique depuis l'ouverture des Hôtels des ventes : votre guilde peut maintenant posséder, produire, émettre des parts et verser des dividendes. Et, si son chef n'est pas prudent, se faire racheter.

D'abord, donner un coffre aux guildes

Tout part de la banque de guilde : un coffre commun de 40 emplacements et une trésorerie en cuivre, avec des droits de dépôt et de retrait par grade. Chaque mouvement est tracé dans un livre nominatif, parce que la confiance dans un coffre partagé passe par la possibilité de voir qui a pris quoi. Un second registre, le livre de comptes, agrège les recettes et les dépenses semaine par semaine. Il paraît austère aujourd'hui. C'est lui qui rendra tout le reste lisible.

Pour que ce coffre ne reste pas vide, chaque guilde reçoit un objectif commun hebdomadaire, l'Appel de la guilde : vaincre des monstres, livrer des matériaux au coffre ou achever des quêtes, avec une cible proportionnelle à l'effectif. La récompense tombe dans la trésorerie, 2 000 pièces par membre. C'est le premier cuivre de l'histoire du jeu qui appartient à un collectif plutôt qu'à un joueur.

Les concessions, ou le monde comme source de revenus

La vraie machine à revenus, ce sont les concessions. Chaque région du monde expose ses meilleurs gisements : le plus gros filon d'argent des Landes, le bois de coupe le plus dense de la Sylve. Ces sites se louent aux enchères, chaque semaine, au comptoir du village le plus proche. Le bail dure quatre semaines et se paie avec la trésorerie de la guilde, jamais avec la bourse d'un joueur.

Un site sous bail rapporte selon son exploitation réelle. Chaque récolte effectuée dessus, par n'importe qui, marque un point, et à la clôture de la semaine le village reverse une partie de la taxe de son comptoir aux concessions au prorata de ces points. Les membres de la guilde titulaire y gagnent en plus 10 % de rendement de récolte. Personne ne paie de péage : on a écarté très tôt l'idée d'une dîme prélevée sur les récolteurs de passage, qui aurait transformé chaque concession en zone à éviter.

Aveu de conception, encore : avec 19 ventes en cinq mois, la taxe seule aurait produit des pots de quelques dizaines de pièces. Un plancher d'amorçage garantit donc 2 000 pièces par semaine et par site exploité, en attendant que le commerce décolle. Le jour où la taxe fait mieux, le plancher s'efface tout seul.

La Charte marchande

Une guilde établie peut franchir le pas et signer sa Charte marchande au comptoir de son choix, qui devient son siège définitif. Les conditions sont voulues comme un accomplissement : dix membres, quatre semaines d'existence, 500 000 pièces de trésorerie, au moins un bail de concession actif, et 200 000 pièces de frais. La signature est annoncée à tout le serveur. La première compagnie de l'histoire de Valenya ne passera pas inaperçue.

La Charte crée 10 000 parts, toutes en réserve. Le chef décide ensuite de ce qu'il met en circulation : une offre publique à prix fixe au guichet du siège, premier arrivé premier servi, ou des attributions gratuites aux membres, bloquées deux semaines. Le produit de chaque émission va intégralement à la trésorerie. Aucun joueur ne peut détenir plus de 20 % d'une compagnie.

Détail de vocabulaire qui nous tient à cœur : en jeu, vous ne verrez ni « actions » ni « bourse ». On parle de parts, de Charte et de Registre, parce que Valenya reste un monde médiéval où les compagnies marchandes ont précédé les corbeilles de cotation de plusieurs siècles.

Dividendes, Registre et courbes

Posséder des parts rapporte. Chaque semaine, le chef peut distribuer jusqu'à 50 % du bénéfice de la compagnie, calculé sur le livre de comptes, jamais sur la trésorerie accumulée : impossible de vider la caisse en dividendes avant de vendre ses parts. Le versement arrive dans les gains à collecter du comptoir du siège, le même guichet que vos ventes.

Pour revendre, le Registre des titres ouvre un marché entre joueurs au comptoir du siège : ordres de vente et ordres d'achat, valables deux semaines, remplissables partiellement, avec une taxe de 5 % sur chaque échange. Les parts d'un ordre de vente et le cuivre d'un ordre d'achat partent sous séquestre à la pose, ce qui rend l'arnaque structurellement impossible. Et chaque compagnie affiche sa courbe de cours sur 30 jours, prix moyen, fourchette et volumes.

L'Hôtel des ventes profite au passage du même outillage : un bouton « Cours » sur chaque annonce ouvre la fiche de marché de l'objet, avec son dernier prix payé au comptoir et sa moyenne sur sept jours. La courbe est la même que celle des compagnies. Fini de fixer ses prix à l'aveugle.

Une part, une voix

On aurait pu s'arrêter là et garder des parts purement financières. On a préféré assumer la suite : chaque part donne une voix. Un détenteur d'au moins 10 % peut déposer une motion de reprise pour confier le commandement de la guilde à un autre détenteur. Le vote dure jusqu'à la clôture de la semaine, chaque voix pesant les parts possédées au moment du dépouillement, et la réserve vote toujours pour la direction en place.

L'arithmétique protège les prudents : une compagnie qui n'a jamais émis plus de la moitié de ses parts est mathématiquement imprenable. Le chef choisit exactement combien de contrôle il échange contre du capital. Et s'il veut lever davantage, il peut proposer une émission de nouvelles parts, soumise elle aussi au vote des détenteurs, en sachant que chaque dilution rapproche le seuil fatidique. Le financement de la croissance devient une décision politique.

Quant à la reprise hostile, on n'a rien inventé de spécial pour elle, et c'est voulu : elle émerge des briques existantes. Un gros ordre d'achat au Registre avec une belle prime, quelques détenteurs qui craquent, une motion, un vote. Le reste se passera dans vos canaux de guilde.

Ce que ça ne change pas

Aucune de ces mécaniques ne crée de richesse. La seule exception est le plancher d'amorçage des concessions, et on a vu plus haut pourquoi il existe et comment il s'éteindra de lui-même. Les dividendes sortent de bénéfices réellement gagnés, la taxe du Registre est détruite comme celle de l'Hôtel des ventes, et le produit des émissions ne transite jamais par la poche d'un chef. Pour donner un ordre de grandeur des destructions de monnaie : les 62 morts de Fouras, notre vétéran aux 66 heures de jeu, ont déjà détruit à elles seules 1,9 million de pièces, cent fois le volume total de l'Hôtel des ventes. Salut à toi, Fouras. La Charte marchande a été calibrée en pensant à ta bourse.

Jusqu'ici, s'enrichir dans Valenya voulait dire regarder un nombre monter. Désormais, ce nombre achète une part de l'économie du serveur.